Vous connaissez le lapsus ? Il s'agît d'une "faute que l'on commet par inadvertance soit en parlant (lapsus linguae) soit en écrivant (lapsus calami)" (TLF).
Les lapsus en disent toujours long sur l'inconscient d'un individu et ses idées. Il y en a des plus "parlants" que d'autres. Je vous propose deux exemples récents :
Premier exemple avec le Premier Ministre britannique Gordon Brown, qui semble devenir coutumier du genre. Il a tout d'abord affirmé en pleine séance des questions au Premier Ministre qu'il avait "sauvé le monde" au lieu de dire qu'il avait "sauvé les banques" en les nationalisant partiellement...Au passage, mesurons la difficulté de cet exercice. Vous pourrez constater que la Chambre des Communes britannique n'est pas organisée en hémicycle comme la plupart des parlements. Au contraire, les députés du parti au pouvoir, ici les travaillistes ou le Labour (centre-gauche), font face aux députés de l'opposition, ici les conservateurs ou tories (centre-droit, dirigés par David Cameron). Tour à tour, le leader de l'opposition pose une question à laquelle répond le Premier Ministre. Ils ont chacun un petit pupitre séparés par le règlement de l'Assemblée et les compte-rendus des séances. [Peinture de Karl Anton Hickel montrant le Premier Ministre William Pitt s'adressant aux Communes après la déclaration de guerre de la France en 1793]
Gordon Brown est Premier Ministre depuis 2007. Après avoir rongé son frein dans l'ombre de Tony Blair pendant 10 ans, ce dernier a finalement consenti à lui laisser le pouvoir. Mais cela ressemble à un cadeau empoisonné tant la situation économique s'est dégradée depuis un an. Et justement, cette situation a fait l'objet du deuxième lapsus de Brown. Tous les leaders dans le monde évitent soigneusement le terme de "dépression" (recul du PIB dans la durée) pour parler de la situation actuelle pour laquelle ils préfèrent le terme de "récession" (plus courte). Devinez le mot qu'a prononcé Gordon lors d'une autre séance des questions au Premier Ministre ? Les Conservateurs se régalent et doivent trouver bien amusant celui que Bush avait surnommé "l'Ecossais austère" (dour Scot).... Je ne sais pas si c'est à cause de ce lapsus que Nicolas Sarkozy a émis des doutes sur le modèle économique anglais ce qui a singulièrement refroidi les relations entre les deux hommes.
En revanche, lorsqu'il a prononcé la phrase suivante, Brown n'a pas commis de lapsus : "British jobs for British workers". Vous avez peut être entendu parler des
manifestations contre les travailleurs des autres pays de l'UE (en particulier Portugais et Italiens) qui ont éclaté en Grande-Bretagne. Brown s'est emparé du sujet en contrevenant aux règles européennes en vigueur et en réutilisant rien de moins qu'un slogan du parti d'extrême droite britannique, le British National Party (BNP)....Cela nous amène directement à notre deuxième exemple. Le tout nouveau ministre de l'immigration Eric Besson, passé en 2007 du parti socialiste au soutien à Nicolas Sarkozy, a en effet voulant affirmer l'importance de l'immigration tout en utilisant un autre mot...
“C'est vrai des temps anciens, tout le monde le sait, des grandes invasions. C'est vrai du XIXème et du XXème siècle, avec les Italiens, les Polonais, d'autres qui se sont intégrés. Ensuite, il y a eu à la fois une invasion... euh, une immigration de provenance d'Afrique et du Maghreb. Non pas une invasion, qu'il n'y ait pas de lapsus sur le sujet".
L'idée de partir des invasions barbares pour arriver à l'immigration contemporaine était sans doute risquée et loin d'être évidente. Eric Besson a donc glissé... et par là admis un certain nombre d'arrière-pensées courantes à droite. L'absence d'inauguration officielle plus d'un an après son ouverture de la Cité nationale de l'immigration témoigne de cette ambigüité. Eric Besson et Christine Albanel, ministre de la Culture, devraient réparer cet "oubli" prochaienement. D'ailleurs, le nouveau ministre a l'air plus préoccupé par la mise en oeuvre des tests ADN pour le regroupement familial que par l'inauguration du lieu qui retrace la contribution de l'immigration à l'histoire nationale.
Besson immigration invasion libération libé
envoyé par liberation
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire